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Au cours des fouilles archéologiques effectuées sur le site d'Ephèse durant les trente dernières années les recherches ont porté plus particulièrement sur un quartier résidentiel situé au centre de la ville romaine et qui était habité par les élites de la cité. Ce quartier résidentiel s'étendait au sud de la rue des Courètes et ses maisons à toits en terrasse s'étageaient sur les pentes du Mont Pion. Ces maisons étaient construites suivant le plan le plus répandu à l'époque antique, à savoir le plan a péristyle dans lequel les diverses pièces d'habitation étaient disposées autour d'une petite cour centrale. La plupart des pièces étaient richement décorées de mosaïques et de peintures murales. Les fouilles ont montré que la plus ancienne des ces maisons avait été construite au Ier siècle de notre ère et que la plupart avaient été occupées sans interruption jusqu'au VIIème siècle; en dépit des tremblements de terre et des incendies qui les détruisirent plus d'une fois au cours de cette longue période, à chaque fois elles furent réparées et réoccupées. Mais la dégradation progressive de l'Empire Romain et de son économie se traduisit par un moindre soin accordé à la qualité des travaux de restauration.
Les objets retrouvés au cours des fouilles de ces maisons consistent essentiellement en mobilier domestique et en statuettes. Les objets purement décoratifs et les jouets d'enfants sont en petit nombre. Jusqu'en 1978, tout ce qui était trouvé au cours des fouilles, y compris les fresques et les mosaïques, était, emmené au musée; mais depuis cette date on s'efforce de laisser les trouvailles in situ. La première salle que l'on visite après avoir pénétré dans le Musée d'Ephèse est entièrement consacrée aux objets qui ont été trouvés dans les ruines des maisons; on a réalisé des copies d'une partie de ces objets et on les a replacées dans les maisons dont les restaurations sont achevées.
En entrant dans la salle, on verra sur la gauche une première vitrine où sont exposés des objets en bronze. Parmi ceux-ci figure une grande oenochoé datant du Vème siècle; il s'agit d'une sorte de carafe qui servait à verser le vin au cours des banquets. Ce vase a pu être daté grâce aux reliefs qui sont gravés sur son col et sous la poignée. Cet objet a connu récemment d'étranges mésaventures: en 1972 il fut volé puis exporté clandestinement en Suisse, plus tard il fut envoyé aux Etats-unis pour être exposé au Metropolitan Museum, mais là on l'idendifia et il fut rendu à son musée d'origine.
Une statuette d'homme barbu, assis, tenant une lance à la main, est une représentation de Sérapis, principale divinité de la ville égyptienne d'Alexandrie. La présence à Ephèse de cette statuette datant du IIème siècle de notre ère ne doit pas nous surprendre car dans l'Antiquité il existait des relations commerciales très étroites entre ces deux grands ports et de nombreuses oeuvres d'art égyptiennes vinrent à Ephèse. Toujours dans la même vitrine on remarquera aussi une statuette en bronze dont la partie située en dessous des genoux a disparu; cette oeuvre du Ier siècle de notre ère représente Athéna, la déesse protectrice de la ville d'Athènes; la déesse est représentée sous les traits d'une jeune fille casquée et armée.
A côté de cette première vitrine se trouve une statue d'Asklépios en marbre de belle facture bien qu'il lui manque le tête et le caducée. Dans l'Antiquité les deux centres les plus connus du culte d'Asklépios étaient situés à Pergame et à Epidaure; pendant des siècles leurs centres de cure accueillirent des foules de malades en quête de guérison. Cette statue, qui date du Ier siècle de notre ère, est la seule représentation sculptée d'Asklépios qui ait été retrouvée à Ephèse.
Dans l'angle près duquel se trouve la statue d'Asklépios on peut voir un serpent en bronze placé entre deux bustes représentant l'empereur Tibère et sa mère, Livie. Ces bustes qui datent toutes les trois du milieu du Ier siècle de notre ère, sont dans un très bon état de conservation. Tibère était le fils adoptif de l'empereur Auguste tandis que Livie était l'épouse de ce dernier; quant au serpent, il est le symbole protecteur de la maison. Il est représenté lové sur lui-même et prêt à attaquer. Sur ses écailles on aperçoit encore des traces de dorure. Le bloc de marbre rectangulaire qui se trouve à côté est une stèle honorifique. Sa face avant est décorée de six couronnes de feuillage disposées sur trois rangs. Dans l'Antiquité de telles couronnes étaient les prix qui servaient à récompenser les vainqueurs de diverses compétitions; chaque ville possédait un arbre considéré comme sacré dont les feuilles étaient utilisées pour confectionner les couronnes honorifiques.
A côté de cette stèle on voit une tête colossale qui appartenait à une statue d'Athéna. La déesse regarde droit devant elle. En dessous du casque la chevelure descend sur la nuque en formant de longues boucles. Les trous que l'on peut voir sur le front et sur le lobe des oreilles montrent qu'à l'origine la statue portait une parure de bijoux. A côté de la tête d'Athéna est installée une grande vitrine où sont exposés un certain nombre de petits objets. Parmi ceux-ci on remarquera un cofret à bijoux d'une belle facture: taillé dans du marbre blanc il a la forme d'un panier dont les deux poignées sont en forme de fruit et de feuille. Les lampes à huile que l'on peut voir dans cette vitrine donnent une idée de la très grande diversité de forme des lampes antiques: l'une d'elles a la forme d'un pied chaussé d'une sandale, une autre ressemble à un éléphant; les autres sont plus classiques mais elles possèdent un décor figuré. Notons un candélabre destiné à supporter deux lampes qui est orné d'une figure du dieu égyptien Sérapis. Toujours dans la même vitrine se trouvent des objets en ivoire: la figurine représentant Aphrodite aurait servi, d'après une hypothèse à décorer une barrette pour les cheveux tandis que les têtes d'animaux étaient des manches de couteaux. Les autres objets en ivoire sont des aiguilles et des cuillères qui servaient à préparer des onguents. Il faut encore signaler des figurines en terre cuite, comme des petits coqs etc., qui servaient de jouets pour les enfants; l'une d'elles est munie de roues et était destinée à être tirée à l'aide d'une ficelle. Une flûte a été réalisée en forme d'aile d'aigle. Cette vitrine contient encore des bracelets en verre coloré datant de la fin de la période antique. En général ces bracelets en verre étaient destinés aux enfants tandis que les grandes personnes portaient des bracelets faits dans des matières plus précieuses. L'une des plus belles pièces exposées dans la salle est une statuette en bronze représentant un Eros chevauchant un dauphin et qui se trouve dans une vitrine au centre de la salle non loin de la vitrine précédente. En fait cette statuette servait de jet d'eau (l'eau sortait par les yeux du dauphin) à un bassin dont elle était sans doute de principal élément décoratif. Le dauphin bondit sur les vagues et Eros le chevauche joyeusement en se tenant d'une main à sa nageoire dorsale. Cette statuette pleine de vie et de mouvement date du IIème siècle de notre ère et l'on en connait plusieurs répliques en marbre à Ephèse.
Si nous revenons à l'entrée de la salle, la première vitrine que l'on rencontre sur la droite contient une statue d'Artémis. Cette oeuvre ne date que du IIème siècle de notre ère mais elle a été appelée "l'Artémis archaïsante" car elle ressemble à des sculptures beaucoup plus anciennes qui datent, elles, de la période archaïque. A l'origine la déesse devait tenir un arc dans une main et une flèche dans l'autre, mais l'arc tout comme la flèche ont été cassés et manquent. Ceci, joint au fait que l'on voit des traces de restauration sur le poignet droit, montre qu'au cours de la période antique la statue a été endommagée pour une raison inconnue et qu'ensuite elle a été réparée.
Dans la vitrine suivante est exposé un superbe plateau en verre qui est une des pièces rares du Musée d'Ephèse. Cet objet date du IIème siècle de notre ère et représente l'un des plus beaux exemples de l'art de la verrerie à l'époque romaine. Ce plateau, qui était utilisé comme plat à fruits, a été retrouvé cassé en plusieurs morceaux qui ont été recollés tandis que les parties manquantes étaient remplacées par du polyester de la même couleur.
Dans une vitrine de la même rangée on verra un exemplaire de table portative en bronze, meuble fréquemment utilisé dans les maisons antiques d'Ephèse. Le trépied qui supportait le plateau de la table pouvait être réglé de manière à ce que la table soit plus ou moins haute ou bien pour recevoir un plateau plus ou moins large. Dans la même vitrine se trouve un étendart qui était le symbole d'un des grands personnages de la cité. Datant sans doute du Ier siècle, cet étendart se composait d'un manche en bois long et mince qui venait se fixer dans un trou de la partie supérieure qui, elle, comportait deux cercles dont le pourtour était décoré de motifs variés.
Toujours dans la même salle, sur le mur est, on ne manquera pas d'admirer deux des oeuvres les plus fameuses du Musée d'Ephèse: une statue en marbre et une figurine en terre cuite qui représentent toutes deux Priape. Priape était un dieu qui symbolisait la Fertilité. La statue en marbre n'a plus de tête, par contre elle est munie d'une "..." impressionnante! En effet son phallus gigantesque soutient un lourd plateau chargé de fruits. Quant à l'autre statuette priapique c'est une figurine en terre cuite qui est considérée comme une représentation du dieu Bès, personnage de la mythologie égyptienne connu comme protecteur des garçons nouveaux nés et du sommeil. Cette figurine, fortement caricaturale, possède un organe viril aussi long que la hauteur de son corps! (d'après certains savants un peu grivois, comme le Prof. Dr. Grossgrabenstein, il s'agirait d'un godemiché utilisé par les vestales d'Artémis). Sur le sommet de la tête on voit les traces d'un anneau, aujourd'hui cassé, qui servait à suspendre la figurine à l'aide d'une ficelle.
Du même côté se trouve une grande vitrine où l'on peut voir une tête d'Atys (un des prêtres de Cybèle) sculptée dans du marbre marron. La partie gauche de la tête et le devant de la coiffe phrygienne manquent. Cette oeuvre de qualité date du IIème siècle de notre ère.
Dans la même vitrine on voit un petit buste de Gaius César, le petit-fils d'Auguste, né de sa fille Julia et d'Agrippa. G. César est représenté sous les traits d'un enfant et son portrait possède les caractéristiques de l'art augustéen.
Un autre petit buste dont la tête est en marbre blanc et le tronc en onyx à taches jaunes, est celui d'un empereur du IIème siècle. Le fait que la tête de ce buste soit en quelque sorte amovible ne doit pas nous étonner car dans l'antiquité romaine c'était une pratique assez courante de fabriquer en série des statues sans tête et d'y adapter ensuite des têtes sculptées suivant la demande des clients; par exemple Si l'empereur venait à mourir ou bien s'il était renversé par un usurpateur, il n'y avait qu'à remplacer l'ancienne tête par la nouvelle, ce qui était plus facile et moins coûteux que de sculpter de nouvelles statues! Toujours dans la même vitrine on verra un buste du IIème siècle de notre ère délicatement sculpté dans un marbre à taches marron qui devait probablement être le portrait d'un prince. Dans la même vitrine un buste de marbre blanc datant du IIème siècle représente Dionysos, le dieu du vin. La chevelure du dieu est retenue par une couronne de pampre. La petite tête de couleur noire est sculptée dans de l'ivoire et c'est à la suite de l'incendie de la maison où on l'a trouvée qu'elle a pris sa couleur actuelle. Sous le cou on pourra remarquer un trou qui servait à la fixer sur le tronc d'une statue.
C'est également un incendie qui a été la cause du noircissement de la statuette de marbre qui se trouve à côté. Elle représente un fonctionnaire qui, suivant la convention classique de l'art antique, est assis sur un fauteuil décoré et tient un rouleau de papyrus à la main. A côté sont exposées plusieurs statuettes taillées dans de la pierre noire ou vert foncé qui représentent des dieux et des déesses égyptiens. Presque toutes datent du VIème ou du VIIème siècle avant notre ère. Parmi les pièces rares exposées dans cette salle il nous faut encore citer une statuette en bronze représentant un prêtre égyptien. Cette statuette qui date du VIème siècle avant notre ère, est tout à fait conforme aux normes classiques de la statuaire égyptienne: le prêtre est représenté de manière très hiératique les bras collés au corps, une jambe en avant; il porte sur les épaules une peau de panthère sur la partie arrière de laquelle sont inscrits des hiéroglyphes; au cou, il porte un collier avec une tête de vache qui est l'attribut de sa fonction.
Sur le mur ouest de la salle se trouve une vitrine consacrée aux petits objets; les plus remarquables sont placés au milieu de la vitrine: ce sont des figurines de kore datant du Vème siècle avant notre ère. Les kore sont de jeunes filles grecques au visage très idéalisé et portant un mince péplos. Les autres petits objets de la vitrine datent du Ier au IIIème siècle de notre ère. Le buste en bronze qui est à côté de la vitrine est un portrait de philosophe. La petite statue en marbre d'un personnage à demi-couché, un bras appuyé sur une amphore est une représentation de Marnas, divinité locale qui personnifiait une rivière qui alimentait en eau la ville d'Ephèse grâce à un aqueduc situé au sud-est de la ville. Cette sculpture était un élément décoratif d'un bassin dont elle assurait l'alimentation: l'eau s'écoulait à partir de l'orifice de l'amphore.
Dans la rangée centrale de vitrines on voit, à côté d'une statue de prêtre égyptien, une tête d'Eros représenté sous les traits d'un enfant; il s'agit d'une copie romaine d'une oeuvre du célèbre sculpteur grec Lysippe: "Eros tendant son arc". Cette superbe tête où s'exprime la maîtrise de l'artiste est un des plus beaux fleurons du Musée d'Ephèse.
Tête d'Eros en marbre
Au pied du mur qui se trouve derrière la tête d'Eros sont disposés des socles sur lesquels sont exposées d'autres sculptures. La première d'entre elles est une oeuvre du IIème siècle de notre ère appelée "l'Eros au lapin". Eros, ailé, tient d'une main un lapin qu'il met hors de portée d'un chien qui est à ses pieds et qui étirait le cou pour essayer d'attraper l'animal. Aujourd'hui, il ne reste plus que le train arrière du chien, le reste du corps ayant disparu.
Dans la même rangée le portrait de vieillard au visage amaigri est celui du célèbre poète comique Ménandre qui vécut entre 342 et 292 avant notre ère. Ce buste est une copie romaine tardive d'un original grec. A côté de lui est exposée une tête de Socrate. Le célèbre philosophe est représenté sous les traits d'un homme âgé, au grand front dégarni, mais portant une chevelure et une barbe abondante. Quand cette tête a été retrouvée au cours des fouilles le nez avait disparu; plus tard, en s'appuyant sur la description de Socrate, on lui a refait un nez qui ressemble à celui du satyre Silène.
Du côté de la sortie de la salle, sur un mur étroit on a exposé un coin d'une maison d'Ephèse qui a été intégralement transporté jusqu'ici. Dans une niche voûtée au centre du mur il y a une statue d'Artémis chasseresse. Il s'agit d'une copie éxécutée au Ier siècle avant notre ère d'après une oeuvre originale datant, elle, du IVème siècle avant notre ère. A côté une fresque aux dominantes rouges représente le philosophe Socrate; son nom est inscrit en lettres grecques au-dessus de sa tête. Cette fresque date du Ier siècle de notre ère. On a trouvé une fresque semblable sur un autre mur d'une des maisons en terrasses. Ce sont là deux des rares portraits du célèbre philosophe.
Sur le même mur sont exposées d'autres fresques qui ont été trouvées en même temps que la précédente. L'une d'elles représente la déesse de l'abondance, Déméter, assise sur un trône, Eros accompagné de panthères ainsi qu'un serveur qui apporte des verres remplis de boissons alcoolisées. Devant ce mur, dans un bassin sont exposés des objets domestiques: une amphore, une meule, une autre amphore dont la panse est percée de trous et qui servait à garder des poissons vivants au fond de la mer.
Les tables utilisées dans les
maisons en terrasses d'Ephèse se distinguent de celles d'aujourd'hui
par le fait que leurs pieds étaient plus hauts et abondamment décorés.
En général les repas offerts aux hôtes avaient lieu
dans les pièces principales de la maison; les convives mangeaient
dans une position à demi-couchée sur des banquettes. Dans
ces conditions, les pieds de table étaient le plus souvent sculptés
comme des statues pour que l'on ne puisse pas voir le plateau de la table.
Un exemple de ces pieds sculptés est celui qui est placé
devant le mur et qui ressemble à une statue de Dionysos.