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49. L'église Saint Jean

 

 

    L'église Saint Jean est le plus remarquable de tous les bâtiment d'époque byzantine construit à Ephèse. Elle se trouve sur le versant sud de la colline où s'élève la citadelle de Selçuk.

 

    L'historien Eusèbe a rapporté les faits et gestes des apôtres qui propagèrent le Christianisme dans l'empire romain; il signale la venue de Saint Jean en Asie Mineure pour prêcher la religion nouvelle. Et l'on comprend que pendant ces années-là, Saint Jean séjourna à Ephèse en compagnie de la Vierge Marie dont il avait la garde. Après la mort de Saint Paul, Saint Jean fut porté à la tête de l'ensemble des communautés qui dépendaient de l'Eglise d'Ephèse et il écrivit là son Evangile. A sa mort, il fut enterré à Ephèse, à l'endroit où se trouve aujourd'hui l'église qui porte son nom. Au IVème siècle, la communauté chrétienne d'Ephèse étant devenue puissante, elle fit construire au dessus de la tombe une basilique couverte d'un toit en bâtière. Plus tard, sous le règne de l'empereur byzantin Justinien (527-565), on construisit l'église dont on voit les restes aujourd'hui.

 

    Au VIIème et VIIIème siècle, Ephèse dut faire face aux incursions des Arabes; l'église et ses environs furent entourés d'une muraille qui rejoignait la citadelle du sommet de la colline, formant ainsi une sorte de défense avancée.

 

    D'après des sources écrites, au début du Moyen-Age, l'église était tombée dans un état de grand délabrement. Malgré cela, l'église restait célèbre et des malades y venaient en pèlerinage, parfois de très loin, car on attribuait des vertus miraculeuses à la poussière de la chambre funéraire.

 

    D'après le célèbre voyageur Ibn Batuta qui y passa à l'époque des émirs d'Aydin (XIVème siècle) l'église fut utilisée pendant un certain temps comme mosquée. La base de minaret que l'on voit à l'entrée du narthex date de cette époque.

 

    Au XIVème siècle, l'église Saint Jean fut complètement éclipsée par sa rivale, la mosquée d'Isa Bey, construite en 1375; et elle fut finalement détruite par un tremblement de terre vers la fin du siècle.

 

    Les premières fouilles furent menées en 1921-1922 par l'archéologue grec Sotiriu; plus tard, elles furent reprises par l'Institut Archéologique Autrichien qui dégagea une grande partie du bâtiment et qui, au cours de la campagne de restauration 1957-1958, remit en place les colonnes du second étage de la nef nord. Depuis 1960, le Musée d'Ephèse a entrepris des travaux de fouille, de restauration et d'aménagement qui, à partir de 1973, ont été placés sous la direction scientifique du Professeur E. Akurgal. Ils se poursuivent encore actuellement. Les crédits nécessaires à ces opérations ont été fournis par la Direction des Antiquités et des Musées et par une donation de la famille américaine Quadman.
 
 

La porte de la persécution et les murailles

 

    Les murailles qui entourent l'église et ses environs présentent vingt tours de formes diverses et trois portes fortifiées. La plupart des blocs de marbre utilisés pour la construction de ces fortifications proviennent de la ville antique et plus particulièrement du stade qui fut détruit par les chrétiens pour les raisons que nous avons déjà exposées.

 

    La plus remarquable des trois portes est celle dite "de la Persécution", mais il y en a deux autres qui sont respectivement sur les côtés ouest et est du bastion. La Porte de l'Ouest s'ouvre en direction d'Ephèse et une route pavée descend en serpentant à flanc de colline jusqu'à la mosquée d'Isa Bey. Cette porte est protégée par deux tours et donne sur une petite cour; l'ensemble a été restauré. Par contre, les travaux de la Porte de l'Est ne sont pas encore achevés.

 

    Mais aujourd'hui, l'accès principal de l'église Saint Jean se fait par la porte de la Persécution qui est situé en face du parc de stationnement; une montée pavée de marbre conduit à la porte. Celle-ci se compose d'une haute entrée voûtée flanquée par deux tours carrées monumentales. Sur le mur qui joint les deux tours (c'est à dire au dessus de l'entrée), il y avait une dalle sculptée représentant Achille, mais elle a été transportée en Angleterre au Musée de l'Abbaye de Woburn. Après avoir franchi la porte, on pénétrait dans une petite cour qui avait un rôle défensif. En effet, l'ennemi attaquait de préférence les portes car elles constituaient généralement le point faible des systèmes de fortifications; si donc la porte extérieure avait été enfoncée par l'ennemi, celui-ci se retrouvait dans l'espace étroit de cette cour entièrement fermée de murs au sommet desquels se tenaient les défenseurs; l'assaillant devait donc poursuivre le combat dans une position défavorable. La porte de la Persécution est le dernier exemple de l'emploi en Asie Mineure de ce dispositif qui avait été si fréquent à l'époque hellénistique. Les inscriptions romaines visibles dans la cour proviennent des fouilles de l'église.

 

 

La porte de la Persécution. VIème siècle ap. J.-C.

 

 

L'atrium

    Situé à l'extrémité ouest de l'église, il mesure 34 x 47 m. Pour qu'il soit au même niveau que les nefs, il a fallu rattraper la dénivellation de la pente de la colline avec des murs de soutènement. L'atrium se présente comme un espace vide entouré d'un portique à colonnes et bordé extérieurement d'un promenoir muni d'une balustrade. On a retrouvé quelques vestiges du pavage. L'aile occidentale du portique abrite une citerne voûtée à trois compartiments. Au milieu de l'atrium on peut voir des jarres de diverses époques.

Le narthex

    C'est une salle large mais peut profonde qui fait la transition entre l'atrium et les nefs. Trois portes dont les linteaux étaient constitués de gros blocs de marbre, donnaient accès à l'intérieur de l'église. Le narthex était couvert par cinq petites coupoles. A une époque tardive, on construisit un exonarthex entre l'atrium et le narthex en ajoutant un mur et des portes.

 

 

Les nefs et la crypte

    C'est la partie principale du bâtiment, elle ne diffère pas des églises classiques à plan en croix et à trois nefs. La couverture était essentiellement assurée par six grandes coupoles: deux au dessus de la nef centrale, deux sur les transepts, une sur la croisée de transept et une au dessus du choeur; les nefs latérales, quant à elles, étaient voûtées en berceau.

 

    Les coupoles reposaient sur de puissants piliers en marbre et en briques qui sont encore visibles. Entre ces piliers, il y avait des colonnes de marbre veiné de bleu, qui séparaient les nefs; leurs chapiteaux portaient, tournés vers la nef centrale, les monogrammes de justinien et de son épouse Théodora, ce qui permet de dater la construction avec précision. Ces colonnes soutenaient des arcs sur lesquels prenait appui un second étage de colonnes. Sur les débris des coupoles qui ont pu être retrouvés on a relevé des traces de mosaïques et de fresques.

 

    Le mausolée de Saint Jean était à l'extrémité orientale de la nef centrale, devant l'abside. Deux marches permettaient d'accéder à une plate-forme surélevée recouverte de mosaïques de marbres de couleur qui ont été refaites conformément à l'original. La petite coupole soutenue par des colonnes torses a complètement disparu, de même que l'iconostase. L'ambon qui se trouvait dans cette partie de l'église est en cours de restauration.

 

 

 

La chapelle et le trésor (skevophylakion)

 

    La chapelle était contre le mur de transept nord; elle était couverte d'une toiture à charpente en bois. A l'origine, elle faisait partie des bâtiments du trésor qui sont derrière et elle ne fut transformée en chapelle qu'au Xème siècle. Les murs de l'abside sont couverts d'une fresque où figurent Saint Jean, Jésus et un saint non identifié.

 

    On accède au trésor par une porte qui s'ouvre devant la chapelle.

 

    Il comprenait, au centre une pièce circulaire de 6,3 m. de diamètre, et sur le devant un hall voûté à deux absides et un ensemble de constructions qui incluait la chapelle. L'intérieur du bâtiment principal avait un plan cruciforme et les pièces qui formaient les bras de la croix contenaient des niches à étagères. La coupole de ce bâtiment à deux niveaux est totalement détruite.

 

Le baptistère

    On peut accéder au baptistère à partir du trésor. Entre l'église et lui, il y avait un étroit corridor qui longeait la nef nord. La fontaine à colonnes et le fronton que l'on voit là était un tombeau du VIème siècle ultérieurement transformé en fontaine.

 

    Le baptistère présente un plan complexe: au centre une salle de baptême octogonale, entourée d'un corridor étroit et sur les côtés deux salles à abside. La salle des baptêmes était intérieurement entourée de colonnes et d'arcs qui soutenaient une coupole aujourd'hui disparue, mais dont on sait (grâce à quelques fragments qui ont été retrouvés au cours des fouilles) qu'elle était couverte de mosaïques. Le sol était dallé de marbre et une cuve baptismale circulaire s'ouvrait en son centre, au ras du pavage; on y descendait par des escaliers disposés symétriquement.

 

    Le Baptistère a été construit au Vème siècle, antérieurement à l'église qui, elle, date de Justinien.


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Le plan de l'église Saint Jean

 



 
 


 

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