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Sous l'empire romain Ephèse conserva son statut de "ville libre" (civitas libera). Les responsabilités liées à la gestion de la cité étaient des fonctions honorifiques et c'était une chose normale pour les riches Ephésiens d'assumer les frais inhérents à ces charges.
A titre d'exemple, citons les dépenses occasionnées par les festivals et les séances de théâtre, ou les frais d'entretien des bâtiments publics. Ces fonctions fournissaient aux grandes familles des occasions de s'affronter dans la course aux honneurs et à la célébrité dont la plus grande récompense était de pouvoir dresser ses propres monuments dans les lieux les plus en vue de la ville tels que les agoras ou les grandes avenues.
La vie politique de la cité reposait sur un système bicaméral, c'est à dire fonctionnant avec deux assemblées. La première étant la "Boulé" ou Assemblée Consultative, dont les 300 membres ou "bouleutes" se réunissaient dans l'odéon; la seconde étant le "Démos" ou Assemblée du Peuple qui comprenait toute la population (masculine) d'Ephèse et qui se réunissait au grand théâtre. Chacune des assemblées avait son secrétaire chargé de la bonne marche des affaires administratives et qui était respectivement appelé "gramateus" (greffier) de la Boulé et du Démos. En même temps, le gramateus du Démos était le président du gouvernement de la cité.
Temples de Rome et de Jules César. Ier siècle apr. J.-C.
Il y avait un "stratège" qui était responsable de la sécurité d'Ephèse du temps où elle était une cité-état. Sous l'empire cette fonction prit un caractère purement administratif.
Les "éirènarques" (gardien de la paix) et les "paraphylaques" (gardes) étaient chargés de la police et de la sécurité de la ville. Les "agoranomes" veillaient à l'approvisionnement en céréales et au bon fonctionnements des marchés. Le port d'Ephèse jouant un grand rôle dans la prospérité de la ville, des "liménarques" s'occupaient des nombreuses activités portuaires.
La "prytanie", exercée aussi bien par les hommes que par les femmes, était la plus haute des fonctions religieuses et administratives; c'était la prérogative du prytane qui appartenait à une classe sociale élevée. Jour et nuit, il devait veiller à ce que jamais ne s'éteigne le feu perpétuel du "foyer de la cité", symbole de l'existence de la ville, qui se trouvait au Prytanée et dans le foyer de toutes les maisons d'Ephèse. Le prytane, agissant au nom d'Hestia, la déesse du foyer, accomplissait sa mission avec beaucoup de fierté. Il était également chargé de s'occuper de toutes les cérémonies de culte qui avaient lieu dans la ville et d'apporter les offrandes quotidiennes. Les frais afférents étaient à la charge du prytane.
Quant au temple d'Artémis, il restait en dehors du système politique de la ville. Tout au long de son histoire, le temple a eu son organisation particulière avec ses limites distinctes et ses propriétés terriennes.
Le Prytanée. Colonnes portant des inscriptions. Ier siècle apr. J.-C.
Le Prytanée d'Ephèse se trouve à l'extrémité ouest de la basilique. Mis à part les bâtiments annexes, il se présentait avec devant une cour entourée de portiques et derrière un grand salon couvert. Il avait l'apparence d'un grand temple, avec sa façade à huit colonnes de style dorique, hautes et massives. Deux de ces colonnes ont été remises en place après avoir été restaurées. L'intérieur du Prytanée avait également une apparence imposante en accord avec l'extérieur. Aux quatre angles du salon il y avait une paire de colonnes dont la section était en forme de coeur, et en plein milieu de la pièce se trouvait les fondations d'un autel en basalte. C'est à cet endroit, appelé "Espace sacré d'Hestia", que brûla nuit et jour pendant des siècles le feu sacré d'Ephèse. Deux statues d'Artémis, exposées au Musée d'Ephèse, furent retrouvées en parfait état dans ce lieu sacré. Parmi les inscriptions retrouvées sur les fragments architecturaux dispersés aux environs du bâtiment, une partie d'entre elles donnent des listes de la "Confrérie des Courètes". Les Courètes étaient une catégorie de prêtres attachés au service de la déesse Artémis; leur nombre était initialement 6 mais plus tard il fut porté à 9. Aux époques classique et hellénistique la Confrérie des Courètes n'était rattachée qu'au seul Artémision, mais sous l'empereur Auguste elle eut aussi un local propre dans le Prytanée. C'est la raison pour laquelle la grande majorités des listes de Courètes fut retrouvée dans le Prytanée. La fonction principale de la Confrérie consistait à célébrer chaque année un concours dramatique pour l'anniversaire de la naissance d'Artémis éphésienne à Ortygia dans les environs d'Ephèse. Le Prytanée fut fondé au IIIème siècle avant notre ère et le dernier état du bâtiment date de l'époque d'Auguste. Après que le bâtiment eût été détruit, une partie des colonnes et des éléments architecturaux furent remployés dans la construction des thermes de Scholastikia. A la suite des fouilles de ces thermes, on a ramené au Prytanée les éléments qui en faisaient originellement partie.
De chaque côté de la rue
qui va du Prytanée à la place de Domitien, il y a une
stèle portant une décoration sculptée. Sur l'une des
faces de la stèle de gauche on voit le dieu Hermès représenté
nu, tenant d'une main la corne d'un bélier qui est près de
lui et de l'autre main son attribut, le caducée. Sur l'autre face
il y a un chaudron posé sur un trépied sous lequel se trouve
un serpent. Quant à la stèle de droite, une de ses faces
représente également Hermès nu, tenant une chèvre
par les cornes et sur l'autre on voit un trépied surmonté
d'un récipient.